Londres après les JO

by on 6 avril 2017

Pour revenir au concept de « particularismes militants », notre enquête met en évidence un mouvement épars et cloisonné axé sur des campagnes spécifiques et des groupes d’affinités. Une illustration très nette est fournie par le groupe de cyclistes de l’Eastway, très actif mais également très individualiste puisque la seule préoccupation de ses membres est la préservation de la piste cyclable. A l’inverse de la mobilisation de Vancouver, il n’est guère possible de parler d’un « mouvement » ou d’une « coalition » puisque la mobilisation souffre d’un manque de communication, de convergence et de coordination. Dans un premier temps, ceci s’explique par les caractéristiques du militantisme londonien, celui d’une grande métropole marquée par d’importants turnovers et qui diffère du militantisme des villes de plus petite taille où l’enracinement des individus facilite la coordination. Par ailleurs, bien que de nombreux acteurs et collectifs se sentent concernés par l’arrivée des Jeux, ceux-ci sont généralement engagés dans une multiplicité de luttes souvent caractérisées par l’urgence. C’est ce qu’explique Kate, une militante du Counter Olympics Network. L’horizon temporel est également un facteur déterminant. La manifestation apparaît comme étant encore trop lointaine aux yeux de la plupart des militants, ce qui donne lieu à des « moments militants » s’inscrivant dans un cycle marqué par des ralentissements et de sursauts d’activité : la mobilisation est forte au moment de la candidature, puis retombe à l’annonce des résultats pour se poursuivre par quelques tentatives de réactivation et un redémarrage au fur et à mesure que la manifestation approche. Questionné sur sa perception des mobilisations à Londres et à Vancouver, Andy, du Games Monitor, les décrit comme étant “like chalk and cheese. Very different”. Peter considère, quant à lui, que cette différence tient au fait qu’à Vancouver, les tensions étaient déjà très vivaces, bien avant la tenue des JO. De plus, un certain nombre d’élus et de personnalités politiques se sont impliqués dans l’opposition aux JO de Vancouver, tandis qu’à Londres, les quelques rares interventions d’élus parlementaires tels que Diane Abbott du Parti travailliste ou Darren Johnson du Green Party ont insisté sur le respect de l’environnement et sur la distribution équitable de l’emploi. En somme, la faiblesse de la mobilisation londonienne contraste avec l’ampleur du mouvement qu’a connu Vancouver. Si ce dernier n’a pas stoppé la tenue des Jeux, il a néanmoins réussi à faire converger les luttes des populations en difficulté et à avoir un impact considérable sur l’opinion publique. Source: Séminaire Londres.