Mongolie – De l’or sous la steppe

by on 1 août 2015

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S´y rendre

Carte MongolieRares sont les compagnies à se poser à l’aéroport Chinggis Khan de Oulan Bator, qui ne voit atterrir comme pavillons internationaux que ceux d’Areoflot, d’Air China, de Korean Air et de Turkish Airlines. Depuis Paris, les voyageurs d’affaires doivent donc transiter par Moscou, Pékin, Séoul ou Istanbul pour rejoindre la Mongolie. Autre possibilité, emprunter les lignes du transporteur national MIAT, qui offre une desserte d’Oulan Bator depuis Berlin à raison de deux vols par semaine. En été, la compagnie propose également des vols vers la Mongolie depuis Francfort. Cependant les choses évoluent, et le transporteur mongol Hunnu Air a exploité tout l’été dernier une ligne directe entre Paris CDG et Oulan Bator avec deux vols hebdomadaires, les lundi et vendredi. Cette initiative devrait être reconduite en 2015, voire étendue sur une plus large période.

Des paysages sublimes, des steppes sans fin ponctuées de yourtes, un peuple baigné de chamanisme : c’est ça, la Mongolie, dans l’inconscient collectif. Un pays où les touristes viennent s’évader sur les traces de Gengis Khan en été, car l’hiver, la température dépasse rarement les – 20° à Oulan Bator, la capitale la plus froide du monde. Les grandes multinationales mondiales rêvent aussi de Mongolie, mais plutôt dans un genre “psychologie des profondeurs”. Une approche terre à terre qui s’explique facilementŠ: le sous-sol du pays a des airs de nouvel Eldorado. Quasiment inviolées, ses réserves d’or, de cuivre, de charbon comptent parmi les plus riches au monde.

Pépite à l´export

Si 6Š000 gisements seraient encore inexploités, les grands travaux ont commencé. Le groupe minier Rio Tinto a conclu un partenariat avec le gouvernement mongol pour exploiter le gisement de cuivre et d’or Oyu Tolgoï, littéralement, “la colline turquoise”. Ce projet de près de six milliards de dollars a débuté l’an dernier au sud du désert de Gobi. Lorsque l’extraction tournera à plein régime, en 2021, il pourrait constituer 4% de la production mondiale de ces deux minerais et la moitié des exportations du pays. “Oyu Tolgoi sera un contributeur vital au développement économique de la Mongolie”, expliquait en 2012 Andrew Harding, directeur général de Rio Tinto Copper. Autre chantier d’envergure en pleine expansion, Tavan Tolgoï, les “cinq collines”,Šune des plus grandes mines au monde de charbon à ciel ouvert qui approvisionne la Chine voisine.

Une croissance fulgurante

Une croissance fulgurante
La Mongolie devrait connaître en 2014 une croissance de 15,3% de son PIB selon l’étude The World In 2014 de The Economist, soit la deuxième performance au plan mondial. Et le FMI table sur une croissance de 6% à 10% par an jusqu’à 2018.

Dans son scénario le plus favorable, le FMI table sur une croissance du PIB mongol comprise entre 6% et 10% par an jusqu’à 2018. Cependant, coincé entre la Chine et la Russie, le pays cherche à s’extraire de cette dépendance pour poursuivre son essor. Sa voie de sortieŠ: le concept de “troisième voisin”, c’est à dire la recherche de partenaires commerciaux si loin, si proche. Etats-Unis, Canada, Australie, Japon, Union européenneŠ: toutes les grandes puissances comptent être parmi les heureux élus. Rien de plus compréhensibleŠ: Ubifrance définissait la Mongolie comme une “pépite à l’export” lors de son atelier consacré l’an dernier aux pays “où il fait bon faire du business”. Sorti du giron soviétique dans les années 90, la Mongolie s’ouvre résolument sur l’extérieur. Le président Tsakhia Elbegdorj a amélioré le cadre législatif des affaires en facilitant les investissements directs étrangers. Même si l’Etat entend en parallèle ne pas se faire déposséder des fruits de cette manne minière…

Dans ce cadre, la présence française dans le pays a connu un boom conséquent pour atteindre vaillamment… les 160 résidents ; contre, il est vrai, une cinquantaine de ressortissants une décennie auparavant. Dans le même ordre d’idée, si le commerce franco-mongol a été multiplié par quatre entre 2003 et 2013, les échanges entre les deux pays ont atteint le chiffre de 34,8 millions d’euros en 2013. Ce qui fait de la France le 13e fournisseur de la Mongolie – le troisième au plan européen – et son 10e client. La taille modeste des relations actuelles laisse entrevoir un futur qui ne peut être que prometteur.

Parmi les récents développements, Areva, qui s’intéresse aux réserves d’uranium du pays, probablement les deuxièmes de la planète, a conclu un accord stratégique en 2013 avec l’acteur local Mon-Atom et Mitsubishi pour l’exploitation de deux gisements à la lisière du désert de Gobi. De son côté, GDF Suez a été récemment choisi avec le Japonais Sojitz et le Sud-Coréen Posco Energy pour la construction d’une centrale de cogénération au charbon à Oulan-Bator.

Émirat dans le désert de Gobi

La transition économique de la Mongolie, que certains considèrent comme un petit émirat façon golfe Persique à la lisière du désert de Gobi, attire tant et plus. Au total, une vingtaine de grandes entreprises françaises sont implantées à Oulan Bator et on ne compte plus celles qui cherchent à l’être. Thales et Arianespace lorgnent sur un projet de satellites de télécommunications ; Systra, filiale de SNCF et de la RATP, entrevoit les 5000 km de voies ferrées à construire pour développer le fret minier‘; le groupe d’ingénierie Egis envisage avec intérêt tous les projets d’infrastructures à réaliser dans le transport, mais aussi l’énergie et le traitement des eaux. À ces fins, cette filiale de la Caisse des Dépôts a d’ailleurs constitué en juin 2013 avec son partenaire local Ikh Tiin la joint-venture Egis Tiin Mongolia.

Gisements de croissance

Gisements de croissance

Alors que le secteur minier représente 20% du PIB mongol, des projets ambitieux devraient encore renforcer cette activité. L’immense gisement de cuivre et d’or Oyu Tolgoï devrait représenter en 2021 le tiers des revenus de l’Etat mongol. Autre chantier d’envergure, Tavan Tolgoï, où de nouvelles licences ont été données pour étendre l’exploitation d’une des plus grandes mines au monde de charbon à ciel ouvert.

Formalités :depuis le 25 juin dernier et jusqu’à fin 2015 au moins, les ressortissants français sont exemptés de visas d’entrée en Mongolie pour des séjours inférieurs à 30 jours.
Décalage horaire : – 6 h en été ; – 7 h en hiver.
Monnaie : le Tögrög (MNT). 1 euro = 2340 MNT (septembre 2014).
Indicatif téléphonique : + 976, 11 (Oulan Bator).

Le pays, qui il y a peu encore concentrait son activité économique sur une agriculture de subsistance, doit maintenant réussir à convertir ses richesses naturelles en infrastructures durables‘; et surtout en or pour la société locale. En 2012, la Banque mondiale estimait à 27,4% le nombre de Mongols vivant en dessous du niveau de pauvreté. À Oulan Bator, l’exode rural bat son plein depuis plusieurs années. D’anciens nomades viennent planter leurs yourtes aux abords de la capitale, autant pour tirer profit de la croissance que pour y trouver des conditions de vie plus favorables. Au début des années 2000, des années extrêmement froides ont en effet porté un rude coup au cheptel local, tuant plus de 10 millions de têtes de bétail.

Pour garantir à tous un emploi, la Mongolie ne peut pas compter uniquement sur son soussol. Le textile, l’agriculture et le tourisme font partie des alternatives pour dynamiser son tissu économique. Ce qui pourrait d’ailleurs susciter de nouvelles ambitions du côté de l’Hexagone. Avec près de 10 000 voyageurs par an, la France est en effet le premier client touristique du pays. Par ailleurs, un accord de coopération dans le secteur agricole a été signé par Laurent Fabius, de passage à Oulan Bator en octobre 2013. Avant même ce partenariat, des génisses de race montbéliarde ont commencé à brouter l’herbe des steppes mongoles.

Cette diversification est nécessaire, non seulement pour asseoir l’émergence du pays, mais aussi pour éviter la “maladie hollandaise”, c’est à dire l’extrême dépendance à la fluctuation du cours des matières premières et à la bonne santé économique de ses partenaires, en plus d’un manque de dynamisme des autres secteurs. Aujourd’hui, le secteur minier constitue la quasi totalité des exportations du pays, les neuf dixièmes d’entre elles partant vers la Chine. En cours d’année 2013, le FMI a divisé par deux son estimation de la croissance du pays, de 22,9% à 12,2%. Un chiffre qui ferait rêver n’importe quel dirigeant du Vieux Monde, mais qui illustre l’impact négatif sur le pays lorsque l’économie de l’Empire du Milieu se met à hoqueter. De là tout l’intérêt de trouver une troisième voie.

Oulan Bator

Oulan Bator, entre gratte-ciel et yourtes traditionnelles

C’est un fait qui trompe rarement quant aux perspectives de développement d’un pays : l’hôtellerie de luxe s’intéresse de très près à Oulan Bator, la capitale mongole. Shangri-La, Melia International, Hilton, Hyatt, Sheraton, Movenpick, Radisson : tous ces groupes se sont annoncés à “UB”, sans pour autant de certitudes de voir tous ces projets aboutir. Dans les années à venir, une dizaine d’hôtels devraient ouvrir afin d’accompagner le flux croissant des voyageurs d’affaires. Ils viendront renforcer une offre assez limitée, entre les historiques Bayangol et Ulaanbaatar Hotel, les plus récents Chinggis Khan et Blue Sky Hotel, et, du côté des enseignes internationales, Ramada et Kempinski, pionnier des pionniers puisqu’à la tête du Khan Palace Hotel depuis 2005. Le Gran Melia Ulaanbaatar devrait s’installer en 2017 dans les 12 derniers étages d’un nouveau gratte ciel développé par le conglomérat local Baz International.

Poussée par sa prospérité nouvelle, UB prend de la hauteur. Déjà, les bâtiments aux formes futuristes surplombent ça et là des temples et monastères traditionnels, et d’autres développements sont attendus comme la tour MAK, qui pourrait abriter un Hyatt Regency. Pour sa part, un luxueux Shangri-La de 290 chambres prendra place en 2015 dans la Central Tower, au sein d’un complexe multifonctionnel comptant bureaux et magasins. C’est là, dans ce shopping mall, que Louis Vuitton s’est implanté dès 2010. Car, autre signe des temps, les artères d’Oulan Bator se parent de boutiques griffées Versace, Armani ou Burberry, tandis que ses rues se remplissent de gros 4×4 et de berlines allemandes. Nul doute que la manne minière modifiera profondément la face de “UB” dans les années et décennies à venir. Le centre-ville se métamorphose, qui a déjà vu la rénovation des “40 000 appartements” datant de l’ère soviétique et offrant aujourd’hui aux expatriés et à l’élite locale un habitat tout confort. Mais, comme souvent dans les pays en voie de développement, ce nouveau luxe côtoie un grand dénuement. 60 % des familles habitant la capitale sont d’anciens nomades venus planter leurs gers, les yourtes traditionnelles, en banlieue de la ville au courant de la dernière décennie.

Sans accès aux réseaux publics d’eau ou de chauffage, ces habitants se chauffent comme ils peuvent, au charbon de préférence, et roulent dans des voitures crachotantes. Aussi, l’hiver, la ville se couvre d’un épais brouillard, capitale la plus polluée du monde en plus d’être la plus froide. Oulan Bator a de nombreux défis devant elle pour réussir sa transition d’un mode de vie immémorial à l’infinie modernité.

Reportage : Arnaud Deltenre

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